Competition: The Power of Contemporary Witnesses

Compétition – Le pouvoir des témoins | Konkurrenz – Die Macht der ZeitzeugInnen


Le discours des historiens peut apparaître dans l’espace public comme une parole secondaire. La parole première est détenue par les médias et par les témoins (“contemporary witnesses”) auxquels ces mêmes médias servent de tribune. Ceci d’autant plus que le témoin est généralement perçu comme celui dont l’expérience permet de dire “comment c’était”. Cette configuration met en tension la mémoire portée par les acteurs du passé et l’histoire en tant que récit interprétatif de ce même passé.

Du tiroir secret à l’espace public

Les modalités de transmission de l’histoire se sont fortement modifiées au cours des dernières années. L’offre importante de nouveaux médias et de matériaux numériques permet de transmettre l’histoire de façon nettement plus diversifiée. Par exemple, les témoignages audiovisuels sont aujourd’hui intégrés dans les nouvelles expositions muséales, ils sont publiés sur Internet par les porteurs de projets d’histoire orale et ils sont fortement présents dans les documentaires historiques qui foisonnent sur les chaînes de télévision. Cette multiplication des témoignages audiovisuels crée de nouveaux accès à l’histoire du temps présent et vient concurrencer le discours des historiens.

Les projets d’histoire orale se multiplient un peu partout, notamment en Suisse, avec la constitution d’archives audiovisuelles de témoignages filmés.[1] Parmi ces projets, citons par exemple celui consacré aux PTT, l’ancienne administration publique des postes et des télécommunications. Dans des entretiens filmés, d’anciens employés racontent “leur travail quotidien et les changements qu’ils ont vécus.”[2] Les montages que l’on peut visionner sur une plateforme Internet sont accompagnés d’un texte de mise en contexte historique et de sources iconographiques, donnant un premier aperçu de l’histoire vécue des PTT.

Autre exemple, le projet d’histoire orale “Voix de danse – Voies dansées” aspire à raconter “une certaine histoire de la danse suisse” à partir de questions se rapportant avant tout à l’expérience subjective des témoins interviewés: “pourquoi choisit-on la danse, quelles sont les étapes d’une carrière”, etc.?[3] De telles collections de témoignages audiovisuels sont avant tout des œuvres mémorielles. Si ces projets s’intéressent au passé, c’est essentiellement le récit de l’expérience individuelle qui constitue le cœur du propos.

Conflit de pouvoir entre mémoire et histoire

La mémoire n’est pas l’histoire. Chaque récit ne constitue qu’une vision ou une représentation du passé. Au début du 20e siècle déjà, le psychologue Edouard Claparède a démontré que même l’accord de plusieurs témoins indépendants n’est pas gage de vérité, mais plutôt de “tendance générique”, de culture commune.[4]

Quelques années plus tard, lorsque le médiéviste Marc Bloch étudie les fausses nouvelles de guerre, à partir de sa propre expérience de la Première Guerre mondiale, il se fait le lecteur attentif de Claparède.[5] L’historien retient du psychologue la leçon de scepticisme à propos du témoignage individuel et de ses inexactitudes. Mais pour Bloch, il y a grand intérêt à étudier l’erreur de témoignage pour elle-même. Passé le travail de critique méthodique, la tâche de l’historien consiste à comprendre le “bouillon de culture favorable” pour engendrer et accueillir fausses nouvelles et faux récits. Les témoignages, pris collectivement, donnent à voir autre chose qu’un “vrai” ou un “faux” récit: ils donnent à voir un langage, des outils intellectuels communs, des sentiments partagés.

Nous retrouvons là l’esprit qui était à l’origine de l’histoire orale dans sa forme contemporaine: une volonté d’élargissement du travail d’enquête au-delà des fonds d’archives institutionnels, une prise en considération de tous les acteurs du passé – également les “petites gens” – dans le souci de tenir compte des expériences humaines les plus ordinaires.[6]

Œuvres mémorielles versus travail d’histoire

Un historien contemporanéiste me disait un jour qu’il ne travaillait que sur les périodes pour lesquelles tous les témoins étaient morts. Pareille posture ne tient plus aujourd’hui. A l’ère du témoignage audiovisuel, de sa diffusion et de sa conservation, la parole des témoins est devenue durable. Nous ne sommes plus dans la situation où un historien féru d’histoire orale enregistre quelques témoignages avarement conservés chez lui sur des cassettes audio vouées à disparaître avec lui. Les témoignages audiovisuels figurent désormais parmi les documents d’archives à disposition de l’historien. Difficile dans ces conditions de les écarter.

Les archives orales deviennent objet d’histoire dès lors que les témoignages sont appréhendés comme des sources parmi d’autres pour documenter le passé. C’est le cas de l’ouvrage récemment paru sur l’histoire de la danse contemporaine en Suisse, qui exploite les témoignages de “Voix de danse – Voies dansées”.[7] C’est également la perspective adoptée par les archives des PTT qui invitent les historiens à consulter et à utiliser l’ensemble des documents à disposition – oraux et écrits – dans le cadre de leurs recherches.

Pour un “partage du pouvoir”

La multiplication des projets d’histoire orale traduit une forme de prise de pouvoir du témoin et de sa représentation du passé. Il relève de la responsabilité des historiens de veiller à ce que ce pouvoir ne devienne pas absolu, c’est-à-dire que le témoin ne soit pas le seul vecteur d’histoire dans l’espace public. Il importe de placer ces manifestations de la mémoire dans une perspective historique permettant de rendre compte de la complexité des faits humains. C’est pour cela que l’historien se doit de prendre en considération la parole des témoins, quelle que soit sa méfiance à leur égard.

Cette responsabilité incombe également à celles et ceux qui travaillent à la construction, à la transmission et à l’appropriation de l’histoire en milieu scolaire. Là aussi, il importe de ne pas exclure les nouveaux médias et les paroles dont ils sont le véhicule. La prise en compte des témoignages audiovisuels dans l’enseignement de l’histoire permet d’apprendre à appréhender la parole des témoins et à explorer tant le potentiel que les limites pour la connaissance et la compréhension des réalités passées. Les acteurs de l’enseignement de l’histoire sauront-ils relever ce défi?

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Lectures supplémentaires

  • Abrams, Lynn. Oral History Theory. New York: Routledge, 2010.
  • Descamps, Florence. Les sources orales et l’histoire: Récits de vie, entretiens, témoignages oraux. Rosny-sous-Bois: Bréal, 2006.
  • Leavy, Patricia. Oral History: Understanding Qualitative Research. Oxford: Oxford University Press, 2011.

Resources sur le web

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[1] Voir à ce propos le portail Internet consacré à l’histoire orale en Suisse. http://www.oralhistory.ch (consulté le 7 janvier 2017).
[2] http://oralhistory-pttarchiv.ch/ (consulté le 7 janvier 2017).
[3] http://www.tanzarchiv.ch/fr/collection/voix-de-danse—voies-dans-es.-une-histoire-orale-de-la-danse-en-suisse.html (consulté le 7 janvier 2017).
[4] Edouard Claparède, “Expériences sur le témoignage: témoignage simple, appréciation, confrontation,” Archives de psychologie 5/20 (1906): 344-387.
[5] Marc Bloch, “Réflexions d’un historien sur les fausses nouvelles de la guerre,” Revue de synthèse historique 33/97-99 (1921): 13-35.
[6] A propos de l’histoire orale et de la distinction entre mémoire et histoire, voir mon texte: Nadine Fink, “L’histoire orale,” in Faire aimer et apprendre l’histoire et la géographie au primaire et au secondaire , éditer de Marc-André Ethier, David Lefrançois et Stéphanie Demers, (Quebec: MultiMondesEditions, 2014), 187-204.
[7] Anne Davier and Annie Suquet, La danse contemporaine en Suisse 1960-2010: Les débuts d’une histoire (Carouge: Editions Zoé, 2016).

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Crédits illustration
Humanitarian memory © association HUMEM via www.humem.ch.

Citation recommandée
Fink, Nadine: Compétition – Le pouvoir des témoins. In: Public History Weekly 5 (2017) 5, DOI: dx.doi.org/10.1515/phw-2017-8309.

Responsabilité éditoriale
Isabella Schild / Thomas Hellmuth

Copyright (c) 2017 by De Gruyter Oldenbourg and the author, all rights reserved. This work may be copied and redistributed for non-commercial, educational purposes, if permission is granted by the author and usage right holders. For permission please contact: elise.wintz (at) degruyter.com.

In public debates, the input of historians seems to play a subordinate role. Instead, the media and contemporary witnesses are proving the decisive factor, whereby the latter have gained great importance in the public view due to media exposure. Furthermore, contemporary witnesses are generally perceived as being those who can tell us “what it was really like” based on their experiences. This causes a tense relationship between contemporary witnesses’ memories of the past and history itself, being an interpreted narrative of the same past.

From the Shadows into the Limelight

The methods of teaching history have changed considerably in the last few years. A multi-faceted approach to teaching history is made possible by the sheer amount of new media and digital resources available. This way, audiovisual testimonies of contemporary witnesses are integrated into modern exhibitions, published online by people working on oral history projects, and granted a greater presence in several historical documentaries. This surge in the amount of contemporary witness testimonies creates new ways of approaching history and challenges the discourse of historians to a greater degree.

Of late, oral history projects have once again been on the rise, for example in Switzerland, where audiovisual archives for videotaped testimonies of contemporary witnesses have been established.[1] One of these archives, for instance, includes a project about the PTT, the former state-owned postal and telecommunication service of Switzerland. In videotaped conversations, former employees talk about their everyday work and the changes which they experienced.[2] The video clips, which can be viewed online, are accompanied by explanatory texts and iconographic sources, thus giving an insight into the history of PTT as witnessed by its former employees.

Another example of an oral history project is “Tanzspuren”, which aims to tell a certain history of Swiss dancing. By drawing chiefly on the subjective experiences of the contemporary witnesses interviewed, the project team was able to devise questions such as “Why do people decide to become dancers? What are the milestones of a career in dance?”[3] Collections of audiovisual testimonies of contemporary witnesses such as these can be regarded as works of commemorative culture in particular. In essence, the accounts of individual experiences are central to these projects — assuming that they are concerned with the past.

Power Struggle Between Memory and History

Memory is not the same as history. Every account which is based on memories merely portrays a view or interpretation of the past. As early as the beginning of the twentieth century, the psychologist Edouard Claparède had proven that consistency amongst independent testimonies of contemporary witnesses does not necessarily constitute evidence of the truth. Instead, such consistency rather indicates an overall trend or a shared culture.[4]

A few years later, when the medievalist Marc Bloch deemed the war reports he was studying to be false based on his own experiences in the First World War, he consulted Claparède’s theories in detail. Subsequently, the historian Bloch adopted the psychologist’s skepticism concerning testimonies of contemporary witnesses and their discrepancies. However, Bloch was mainly interested in investigating the mistakes of the contemporary witnesses’ testimonies themselves. For Bloch, the historian’s task was not only to be critical, but also to fully comprehend the “resourceful breeding ground” which leads to the creation and absorption of false reports and narratives. In conclusion, these testimonies demonstrate something other than a “true” or “false” narrative. In fact, they rather reflect a specific language, a similar level of intellect, and consensual feelings.

At this stage, the central idea consistent with the origins of contemporary oral history reemerges, namely to conduct research beyond what is found in traditional archives. Furthermore, consideration of all contemporary witnesses of the past—even the “little people”—is required in order to include trivial, day-to-day experiences also.[6]

Commemorative Culture versus Historiography

A historian specialising in the modern age told me recently that he would only work with those periods for which there are no more living contemporary witnesses. In my opinion, such an attitude can no longer prevail these days. The testimonies of contemporary witnesses can endure in this age of audiovisual technology, as their distribution and preservation become possible. We no longer find ourselves in a situation where a historian interested in oral history can record a few testimonies of contemporary witnesses and keep them in his (or her) private possession, only for them to disappear upon the historian’s death. The audiovisual testimonies of contemporary witnesses are now regarded as legitimate research sources naturally accessible to historians. Under these circumstances, they can no longer be discarded.

Oral history archives themselves have become an important source of research material, for testimonies of contemporary witnesses can be examined like any other source in order to explain the past. This is the case for the recent publication about the history of contemporary dance in Switzerland, which elaborates on the testimonies of contemporary witnesses assembled by “Tanzspuren”. This approach is also evident in the PTT archives which invite historians to examine and consult all the audiovisual data and documents available for their research.

Establishing a “Separation of Powers”

The increase in oral history projects resembles a certain kind of takeover by contemporary witnesses with regards to the interpretation of the past. One of the historian’s responsibilities is to appreciate the fact that the influence of contemporary witnesses is not absolute. This ensures that contemporary witnesses shall not be the sole historical source which others consult in public institutions. It is essential to interpret and to contextualize these testimonies of contemporary witnesses as sources in order to more sufficiently understand the complexity of human behavior. Therefore, historians must take testimonies of contemporary witnesses into account—regardless of their trust or mistrust of this medium.

This responsibility also applies to those teaching history. It is imperative for them to identify the issues of new media, and the testimonies of contemporary witnesses distributed by it, as a central theme. By dealing with this subject, in schools for example, contemporary witnesses can be appreciated. For a better understanding of the past, the witnesses’ potential and limits can also be explored. Will educators of history be able to cope with this challenge?

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Further Reading

  • Abrams, Lynn. Oral History Theory. New York: Routledge, 2010.
  • Descamps, Florence. Les sources orales et l’histoire: Récits de vie, entretiens, témoignages oraux. Rosny-sous-Bois: Bréal, 2006.
  • Leavy, Patricia: Oral History: Understanding Qualitative Research. Oxford: Oxford University Press, 2011.

Web Resources

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[1] Cf. website of the Swiss “Oral History” association: http://www.oralhistory.ch (last accessed 7 January 2017).
[2] http://oralhistory-pttarchiv.ch/ (last accessed 7 January 2017).
[3] http://www.tanzarchiv.ch/de/sammlung/tanzspuren.-eine-oral-history-der-schweizer-tanzgeschichte.html (last accessed 7 January 2017).
[4] Edouard Claparède, “Expériences sur le témoignage: témoignage simple, appréciation, confrontation,” Archives de psychologie 5/20 (1906): 344-387.
[5] Marc Bloch, “Réflexions d’un historien sur les fausses nouvelles de la guerre,” Revue de synthèse historique 33/97-99 (1921): 13-35.
[6] For more about oral history and the distinction between memories and history compare: Nadine Fink, “L’histoire orale,” in Faire aimer et apprendre l’histoire et la géographie au primaire et au secondaire, ed. Marc-André Ethier, David Lefrançois und Stéphanie Demers (Quebec: MultiMondesEditions, 2014), 187-204.
[7] Anne Davier and Annie Suquet, La danse contemporaine en Suisse 1960-2010: Les débuts d’une histoire (Carouge: Zoe, 2016).

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Image Credits
Humanitarian memory © association HUMEM via www.humem.ch.

Recommended Citation
Fink, Nadine: Competition – The Power of Contemporary Witnesses In: Public History Weekly 5 (2017) 5, DOI: dx.doi.org/10.1515/phw-2017-8309

Editorial Responsibility
Isabella Schild / Thomas Hellmuth

Copyright (c) 2017 by De Gruyter Oldenbourg and the author, all rights reserved. This work may be copied and redistributed for non-commercial, educational purposes, if permission is granted by the author and usage right holders. For permission please contact: elise.wintz (at) degruyter.com.

Im öffentlichen Diskurs scheinen die Beiträge der HistorikerInnen zweitrangig zu sein. Das erste Wort haben Medien und ZeitzeugInnen, wobei diese wiederum durch die Medien einen prominenten Platz in der Öffentlichkeit bekommen. Dies wird verstärkt durch den Umstand, dass die ZeitzeugInnen im Allgemeinen als diejenigen wahrgenommen werden, die aufgrund ihrer Erfahrungen erzählen können, “wie es wirklich gewesen ist”. Daraus resultiert ein angespanntes Verhältnis zwischen der Erinnerung der AkteurInnen in der Vergangenheit und in der Geschichte, verstanden als interpretierende Narration derselben Vergangenheit.

Vom Geheimfach zum öffentlichen Raum

Die Art und Weise der Geschichtsvermittlung hat sich in den letzten Jahren erheblich verändert. Das umfassende Angebot an audiovisuellen und digitalen Materialien erlaubt es, Geschichte vielfältig zu darzubieten. So werden audiovisuelle ZeitzeugInnenberichte heute in neue Museumsausstellungen integriert, sie werden durch MitarbeiterInnen von Oral History-Projekten im Internet veröffentlicht, und sie bekommen in zahlreichen geschichtlichen Dokumentarfilmen verstärkte Präsenz. Diese Vervielfachung audiovisueller ZeitzeugInnenberichte schafft neue Zugänge zur Zeitgeschichte und konkurriert mit dem Fachdiskurs der HistorikerInnen.

Überall gibt es neuerdings wieder mehr und mehr Oral-History-Projekte, auch in der Schweiz, zum Beispiel durch die Einrichtung audiovisueller Archive für videographierte ZeitzeugInnenberichte.[1] Zu diesen gehört beispielsweise ein Projekt über die PTT, der ehemaligen staatlichen Post- und Telekommunikationsgesellschaft der Schweiz. In videographierten Gesprächen erzählen ehemalige Angestellte “aus ihrer alltäglichen Arbeit und über die Veränderungen, die sie erlebt haben”.[2] Die Videoausschnitte, die auf einer Internetplattform zu sehen sind, werden von einem kontextualisierenden Darstellungstext und von ikonographischen Quellen begleitet und liefern so einen ersten Einblick in die erlebte Geschichte der PTT.

Ein anderes Beispiel ist das Oral-History-Projekt “Tanzspuren”, das danach strebt, “eine gewisse Geschichte des Schweizer Tanzes” zu erzählen, und zwar auf der Basis von Fragen, die sich vor allem aus der subjektiven Erfahrung der befragten ZeitzeugInnen ergeben: “Warum entscheidet man sich für Tanz? Was sind die einzelnen Etappen in einer Karriere?”[3] Solche Sammlungen von audiovisuellen ZeitzeugInnenberichte sind vor allem Werke der Erinnerungskultur. Im Zentrum dieser Projekte liegen – sofern sie sich für die Vergangenheit interessieren – im Wesentlichen die Erzählungen der individuellen Erfahrungen.

Machtkampf zwischen Erinnerung und Geschichte

Erinnerung ist nicht Geschichte. Jede auf Erinnerung basierende Erzählung stellt lediglich eine Sicht oder eine Interpretation der Vergangenheit dar. Bereits anfangs des 20. Jahrhunderts hatte der Psychologe Edouard Claparède bewiesen, dass selbst die Übereinstimmung von unabhängigen ZeitzeugInnenberichten keinen Wahrheitsbeweis darstellt, sondern eher als ein Hinweis auf eine “allgemeine Tendenz”, auf eine gemeinsame Kultur zu verstehen ist.[4]

Einige Jahre später, als der Mediävist Marc Bloch, ausgehend von seinen eigenen Erfahrungen im Ersten Weltkrieg, die falschen Kriegsberichte studierte, las er Claparède sorgfältig. Der Historiker Bloch übernahm vom Psychologen den Skeptizismus bezüglich der ZeitzeugInnenberichte und ihren Ungenauigkeiten. Aber Blochs großes Interesse lag in der Untersuchung der Irrtümer der ZeitzeugInnenberichte selber. Über den Umgang mit der kritischen Methode hinaus bestand laut Bloch die Aufgabe der HistorikerInnen darin, den “förderlichen Nährboden” für die Erzeugung und die Aufnahme von falschen Berichten und falschen Narrativen zu verstehen. Zusammengenommen zeigen die Zeugnisse etwas anderes auf als bloß ein “wahres” oder ein “falsches” Narrativ: Sie spiegeln vielmehr eine ausgewählte Sprache, gemeinsame intellektuelle Instrumente, geteilte Gefühle wider.

Hier finden wir wieder den Kerngedanken, der dem Ursprung der zeitgenössischen Oral History entspricht: es geht um eine Erweiterung der Forschungsarbeit über die traditionellen Archivbestände hinaus, es geht um eine Berücksichtigung aller Akteure der Vergangenheit, auch der “kleinen Leute” – mit der Absicht, die alltäglichsten menschlichen Erfahrungen miteinzubeziehen.[6]

Erinnerungskultur gegen Geschichtsschreibung

Ein Neuzeit-Historiker sagte mir kürzlich, dass er ausschließlich über Zeiträume arbeiten würde, deren ZeitzeugInnen schon gestorben wären. Meiner Ansicht nach kann eine solche Haltung heute nicht mehr vertreten werden. Im Zeitalter der audiovisuellen ZeitzeugInnenberichte, ihrer Verbreitung und Bewahrung wird der Bericht der ZeitzeugInnen bestehen bleiben. Wir befinden uns nicht mehr in der Situation, in der HistorikerInnen, die für Oral History begeistert sind, einige ZeitzeugInnenberichte aufnehmen und diese bei sich aufbewahren, die dann aber mit deren Tod verschwinden. Die audiovisuellen ZeitzeugInnenberichte zählen heute zu den Archivgattungen, die HistorikerInnen selbstverständlich zur Verfügung stehen. Unter diesen Bedingungen ist es schwierig, sie zu verdrängen.

Oral-History-Archive werden zum Objekt der Geschichte, weil die ZeitzeugInnenberichte ähnlich wie andere Quellen untersucht werden können, um die Vergangenheit zu erzählen. Dies ist der Fall beim kürzlich veröffentlichten Werk zur Geschichte des zeitgenössischen Tanzes in der Schweiz, das die ZeitzeugInnenberichte von “Tanzspuren” auswertet. Dies ist ebenfalls die Herangehensweise des PTT-Archivs, das HistorikerInnen dazu einlädt, die gesamten audiovisuellen Daten und Dokumente im Rahmen ihrer Forschung einzusehen und zu verwenden.

Für eine “Gewaltenteilung”

Die Zunahme von Oral-History-Projekten spiegelt eine Art Machtübernahme der ZeitzeugInnen bezüglich Interpretation der Vergangenheit wider. Es gehört zur Verantwortung der HistorikerInnen, darauf zu achten, dass diese Macht der ZeitzeugInnen nicht absolut wird, das heißt, dass die ZeitzeugInnen nicht zum alleinigen Geschichtsvermittler im öffentlichen Raum werden. Es ist wichtig, diese ZeitzeugInnenberichte als Quellen zu interpretieren und zu kontextualisieren, um die Komplexität menschlichen Handelns angemessener zu verstehen. Aus diesem Grund müssen HistorikerInnen ZeitzeugInnenberichte berücksichtigen, unabhängig vom Vertrauen oder Misstrauen gegenüber dieser Gattung.

Diese Verantwortung liegt ebenfalls bei denjenigen, die Geschichte vermitteln. Auch hier ist es wichtig, die neuen Medien und die dadurch verbreiteten ZeitzeugInnenberichte zu thematisieren. Die Auseinandersetzung erlaubt es beispielsweise im Unterricht, ZeitzeugInnen wahrzunehmen und ihr Potential sowie ihre Grenzen für das Verständnis von vergangenen Wirklichkeiten zu erkunden. Ob die GeschichtsvermittlerInnen diese Herausforderung wohl bewältigen können?

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Literaturhinweise

  • Lynn Abrams: Oral History Theory. New York 2010.
  • Florence Descamps: Les sources orales et l’histoire. Récits de vie, entretiens, témoignages oraux. Rosny-sous-Bois 2006.
  • Patricia Leavy: Oral History. Understanding Qualitative Research. Oxford 2011.

Webressourcen

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[1] Vgl. dazu das Internetportal zur Oral History in der Schweiz: http://www.oralhistory.ch (letzter Zugriff: 07.1.2017).
[2] http://oralhistory-pttarchiv.ch/ (letzter Zugriff: 07.01.2017).
[3] http://www.tanzarchiv.ch/de/sammlung/tanzspuren.-eine-oral-history-der-schweizer-tanzgeschichte.html (letzter Zugriff: 07.01.2017).
[4] Edouard Claparède: Expériences sur le témoignage: témoignage simple, appréciation, confrontation. In: Archives de psychologie 5/20 (1906), S. 344-387.
[5] Marc Bloch: Réflexions d’un historien sur les fausses nouvelles de la guerre. In: Revue de synthèse historique 33/97-99 (1921), S. 13-35.
[6] Zum Thema der Oral History und der Unterscheidung zwischen Erinnerung und Geschichte, vgl. meinen Text: Nadine Fink: L’histoire orale. In: Marc-André Ethier/David Lefrançois/Stéphanie Demers (Hrsg.): Faire aimer et apprendre l’histoire et la géographie au primaire et au secondaire. Quebec 2014, S. 187-204.
[7] Anne Davier/Annie Suquet: La danse contemporaine en Suisse. 1960-2010. Les débuts d’une histoire. Carouge 2016.

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Abbildungsnachweis
Humanitarian memory © association HUMEM via www.humem.ch.

Empfohlene Zitierweise
Fink, Nadine: Konkurrenz – Die Macht der ZeitzeugInnen. In: Public History Weekly 5 (2017) 5, DOI: dx.doi.org/10.1515/phw-2017-8309

Translated by Yvan Léger, Peter Gautschi and Nadine Fink

Redaktionelle Verantwortung
Isabella Schild / Thomas Hellmuth

Copyright (c) 2017 by De Gruyter Oldenbourg and the author, all rights reserved. This work may be copied and redistributed for non-commercial, educational purposes, if permission is granted by the author and usage right holders. For permission please contact: elise.wintz (at) degruyter.com.


Categories: 5 (2017) 5
DOI: dx.doi.org/10.1515/phw-2017-8309

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